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Nadège Trouillas Nadège Trouillas · Pharmacienne d'officine
Peau, baignade, piqûres : la santé de l'été sur le golfe · jamais un avis médical Proposer un sujet
Piqûres et morsures

Morsure de tique : retirer, surveiller un mois et consulter

Nadège Trouillas · 10 octobre 2026 10 min de lecture
L’essentiel

Une morsure de tique se traite en trois temps : retirer la tique le plus vite possible avec un tire-tique, en la tournant légèrement, sans alcool ni huile ; désinfecter, noter la date et photographier ; surveiller la peau pendant un mois. Une tache rouge qui s’étend, de la fièvre ou des douleurs imposent de consulter. En France, une tique sur cinq porte la bactérie de Lyme.

La morsure de tique est indolore, d’où la difficulté de la repérer. La tique est un petit acarien, de 3 à 8 mm selon l’espèce, qui se fixe sur la peau pour se nourrir de sang. Elle ne transmet pas toujours une maladie, mais elle peut transmettre la borréliose de Lyme. Voici le geste exact à faire, les erreurs à éviter, les signes à guetter pendant un mois, et ce qui change sur la côte varoise.

Morsure de tique : de quoi parle-t-on ?

On dit « morsure » et non « piqûre », car la tique s’ancre dans la peau avec son rostre, une pièce buccale qui reste fixée plusieurs heures, parfois plusieurs jours. Elle ne se nourrit qu’une fois à chaque stade de sa vie : larve, nymphe, adulte. Elle se laisse tomber seule une fois rassasiée.

Repère Donnée
Taille d’une tique adulte 3 à 8 mm selon l’espèce
Taille gorgée de sang plus d’un centimètre
Stades de développement larve, nymphe, adulte
Douleur à la morsure aucune
Saisons les plus actives printemps et début d’automne, mais présente toute l’année
Part des tiques porteuses de Borrelia en France environ une sur cinq
Repères sur la tique, d’après l’ARS Auvergne-Rhône-Alpes

Ces chiffres expliquent une règle simple : toute morsure mérite un geste correct, même si la majorité ne donne rien. Le risque de maladie augmente avec la durée pendant laquelle la tique reste accrochée. Chaque heure compte.

Tique, aoûtat ou moustique : les différences

Un bouton rouge après une balade n’est pas toujours une morsure de tique. Trois repères permettent de trier : la taille de l’animal visible, la douleur ressentie et la forme de la lésion.

Tique Aoûtat Moustique tigre
Animal visible oui, 3 à 8 mm non, quasi invisible oui, quelques secondes
Sensation aucune démangeaisons intenses démangeaison immédiate
Durée de fixation heures à jours quelques jours quelques secondes
Lésion petite rougeur, tache qui s’étend en cas de Lyme boutons groupés bouton isolé gonflé
Trois façons de distinguer une morsure de tique

Pour approfondir les deux autres cas, voir nos fiches sur le bouton d’aoûtat et la piqûre de moustique tigre. Seule la tique reste visible et accrochée à la peau pendant des heures.

Retirer la tique, étape par étape

Le retrait est le geste le plus important. Il se fait immédiatement, avec un tire-tique (un petit crochet vendu en pharmacie ou chez le vétérinaire). À défaut, une pince à épiler fine à pointes plates peut dépanner.

  1. Lavez-vous les mains.
  2. Glissez le crochet sous la tique, au plus près de la peau, sans l’écraser.
  3. Tournez-la légèrement, sans tirer d’un coup sec, jusqu’à ce qu’elle se détache.
  4. Vérifiez que la tête est partie avec le corps.
  5. Désinfectez la peau avec un antiseptique.
  6. Relavez-vous les mains.
Six gestes pour retirer une tique avec un tire-tique : mains lavées, crochet, rotation, contrôle, désinfection
Les six gestes, du lavage des mains à la désinfection.

Ce qu’il ne faut jamais faire

Plusieurs gestes populaires aggravent la situation. L’association France Lyme rappelle qu’un produit appliqué sur la tique peut la faire régurgiter le contenu de son estomac, ce qui augmente le risque d’infection.

  • Ne mettez ni alcool, ni éther, ni huile sur la tique.
  • N’essayez pas de la brûler sur la peau.
  • Ne tirez pas d’un coup sec, ni sans rotation.
  • N’écrasez pas son corps, vous risquez de laisser le rostre sous la peau.
Si le rostre reste dans la peau

Ne creusez pas. Désinfectez, surveillez la zone et consultez un médecin ou votre pharmacien si une rougeur s’installe ou si la peau reste gonflée plusieurs jours.

Après le retrait : désinfecter, noter, signaler

Le retrait ne termine pas la démarche. Trois gestes complètent la prise en charge et servent à un éventuel suivi médical.

  • Noter : la date, le lieu de la balade et la partie du corps mordue, dans le carnet de santé pour un enfant.
  • Photographier : la zone avant le retrait, juste après, puis tous les deux ou trois jours pour suivre l’évolution.
  • Signaler : via l’application Signalement-tique ou en envoyant la tique au programme CiTIQUE de l’INRAE, qui cartographie les zones à risque.

Une tique retirée peut être gardée dans une petite boîte hermétique, si vous souhaitez la faire analyser. Contrairement à une piqûre d’insecte comme celle du moustique tigre, un gel froid ou un antihistaminique ne règle rien : un gel froid calme la démangeaison, pas le risque d’infection.

Où la tique s’accroche sur le corps

La tique cherche les endroits chauds, humides et à peau fine. Après une balade, l’inspection se fait nu, le soir même, avec un miroir ou l’aide d’un proche.

Zone Pourquoi À inspecter
Cuir chevelu, derrière les oreilles peau fine, chaude particulièrement chez l’enfant
Aisselles humide, plis soulever les bras
Pli des genoux chaud, couvert plier la jambe
Aine et parties génitales humide, fine examen attentif
Nombril et ceinture plis des vêtements retirer les sous-vêtements
Dos zone peu visible demander de l’aide
Zones préférées de la tique sur le corps humain

Un mois de surveillance : les signes qui comptent

Le premier signe d’une borréliose de Lyme est une lésion cutanée appelée érythème migrant : un cercle rouge de quelques centimètres qui s’étend autour de la morsure. Il apparaît en général dans les jours ou les semaines qui suivent, souvent sans douleur. Il n’a pas toujours la forme d’une cible, et il peut se situer dans une zone peu visible, comme le cuir chevelu ou le dos.

Signe Quand Que faire
Tache rouge qui s’agrandit dans les jours ou semaines suivantes consulter un médecin sans attendre
Fièvre, frissons, maux de tête 1 à 2 semaines (encéphalite à tiques) consulter ou appeler le 15 si intense
Fatigue inexpliquée, douleurs semaines à mois en parler au médecin
Douleurs articulaires, paralysie du visage plusieurs semaines à années consultation rapide
Zone gonflée sans extension premiers jours surveiller, photographier
Signes à surveiller après une morsure de tique

En cas de fièvre élevée, de maux de tête violents ou de difficultés à bouger après une morsure, composez le 15. Pour les autres signes, la consultation chez le médecin traitant suffit.

Un calendrier de surveillance simple

Pour ne rien oublier, posez la morsure dans votre agenda et programmez les contrôles. Le tableau propose un rythme réaliste, à adapter selon l’avis du médecin.

Période Geste Objectif
Jour 0 retirer, désinfecter, noter, photographier garder la trace de la morsure
Jours 1 à 7 photo tous les 2 ou 3 jours repérer une rougeur qui s’étend
Semaines 2 à 4 contrôle de la peau chaque semaine dépister un érythème migrant tardif
Au-delà du mois attention aux symptômes inhabituels signaler fièvre, fatigue, douleurs au médecin
Un rythme de surveillance après une morsure de tique
Calendrier de surveillance après une morsure de tique : jour 0, première semaine, semaines 2 à 4, au-delà du mois
Quatre temps de surveillance, du jour de la morsure à un mois.

Ce calendrier ne remplace pas l’avis médical. Il aide surtout à se rappeler, des semaines plus tard, la date exacte de la morsure et la zone touchée, deux informations que le médecin demandera.

Lyme, encéphalite, Crimée-Congo : les maladies transmises

Maladie Agent Premiers signes Chiffre clé
Borréliose de Lyme bactérie Borrelia érythème migrant une tique sur cinq porteuse en France
Encéphalite à tiques virus fièvre, maux de tête, frissons décès dans 2 à 3 % des cas, selon l’ARS
Fièvre hémorragique de Crimée-Congo virus fièvre, douleurs tique Hyalomma, zones sèches
Principales maladies transmises par les tiques, d’après l’ARS Auvergne-Rhône-Alpes

La maladie de Lyme n’est pas contagieuse. Traitée tôt, elle guérit. Non traitée, elle peut entraîner, des mois ou des années plus tard, des douleurs articulaires durables, une paralysie partielle ou des troubles digestifs. Pour l’encéphalite à tiques, aucun antiviral n’existe : le traitement soulage les symptômes.

Antibiotique après une morsure : pas de réflexe

Beaucoup de lecteurs demandent s’il faut prendre un antibiotique par précaution. La recommandation de bonne pratique de la Haute Autorité de santé, de février 2025, ne recommande pas d’antibiotique systématique après une morsure de tique, tant qu’aucun érythème migrant n’est apparu. Le médecin prescrit un traitement dès l’apparition de la tache, même si le souvenir de la morsure a disparu.

Le pharmacien ne délivre pas d’antibiotique sans ordonnance. Il peut en revanche conseiller le bon geste et orienter vers le médecin.

Quoi dire au médecin

Une consultation efficace tient en cinq informations, que vous aurez notées au moment de la morsure.

  1. La date de la morsure, même approximative.
  2. Le lieu de la balade (forêt, garrigue, jardin).
  3. La partie du corps mordue.
  4. La durée estimée de fixation de la tique.
  5. Les photos et les symptômes apparus depuis, avec les dates.

Ces éléments aident le médecin à juger un érythème migrant, qui se reconnaît à l’examen clinique plus qu’à un test. Selon la Haute Autorité de santé, l’érythème migrant se diagnostique à l’examen clinique, sans prise de sang.

Un vaccin ? Oui pour l’encéphalite, pas pour Lyme

Il existe un vaccin contre l’encéphalite à tiques, proposé aux personnes qui séjournent ou travaillent dans les zones où le virus circule. Il n’existe en revanche pas de vaccin contre la borréliose de Lyme en France. La prévention repose donc sur la protection pendant la balade, l’inspection au retour et le retrait rapide de la tique. Le médecin ou le pharmacien indique si une vaccination se justifie avant un séjour en montagne ou en zone boisée de l’est de la France.

Enfants et animaux : les zones à ne pas oublier

Chez l’enfant, la tique se fixe volontiers au cuir chevelu, derrière les oreilles et dans le cou, parce que la tête est proche du sol. Inspectez aussi les plis du dos et des genoux. Notez la morsure dans le carnet de santé. Les chiens et les chats rapportent des tiques à la maison : vérifiez leurs oreilles, leur ventre et leurs pattes après chaque sortie, et retirez la tique avec le même tire-tique.

Sur le littoral du Var : tiques de garrigue et de maquis

On associe les tiques aux forêts humides du nord, mais la façade méditerranéenne a ses propres espèces. L’ARS indique que certaines tiques vivent en zones sèches de garrigue et de maquis, sur les pâtures, les chemins de randonnée, dans les vignes et les vergers. C’est le cas de la tique Hyalomma, associée à la fièvre de Crimée-Congo.

Autour du golfe de Saint-Tropez, les sentiers du littoral, les sous-bois de chênes-lièges et les jardins de villas offrent ces milieux. Après une promenade sur un sentier côtier, vérifiez vos chaussettes, vos chevilles et le pli des genoux. L’aoûtat, autre petit parasite de l’été, laisse des démangeaisons très différentes : voir comment reconnaître un bouton d’aoûtat.

Se protéger pendant une balade

  • Portez des vêtements longs, clairs, avec le bas du pantalon dans les chaussettes.
  • Restez au centre des sentiers, loin des herbes hautes et des broussailles.
  • Appliquez un répulsif cutané adapté à l’âge, en suivant la notice.
  • Inspectez-vous au retour, puis changez de vêtements.
  • Examinez les animaux de compagnie, qui ramènent des tiques à la maison.

Une guêpe ou un moustique ne se gèrent pas comme une tique : pour comparer, lisez les gestes pour une piqûre de guêpe. Pour une sortie en mer, glissez un tire-tique dans la trousse de secours du bateau.

Ce que le pharmacien peut vous donner

À l’officine, on trouve des tire-tiques pour adultes et enfants et des antiseptiques cutanés. Le pharmacien rappelle le geste de retrait, relit votre calendrier de surveillance et vous dit quand consulter. Il peut aussi indiquer les répulsifs qui conviennent à l’âge de chaque membre de la famille. Il ne pose pas de diagnostic : pour toute tache rouge suspecte, le médecin est le bon interlocuteur.

Questions fréquentes

Faut-il consulter après une morsure de tique ?

Pas systématiquement. Il faut consulter si une tache rouge apparaît et s’agrandit, si de la fièvre, des douleurs ou une grande fatigue surviennent dans les semaines suivantes, ou si le rostre est resté dans la peau.

Combien de temps surveiller la zone ?

Pendant un mois après la morsure, avec des photos tous les deux ou trois jours. Les signes de Lyme peuvent toutefois apparaître plus tard.

Peut-on retirer une tique avec une pince à épiler ?

Oui, à défaut de tire-tique, avec une pince fine à pointes plates, au plus près de la peau, en tournant doucement. Évitez de comprimer le corps de la tique.

La maladie de Lyme est-elle contagieuse ?

Non. Elle se transmet uniquement par la morsure d’une tique porteuse de la bactérie Borrelia.

Les tiques existent-elles en été sur la côte ?

Oui. Elles sont présentes toute l’année, avec un pic au printemps et au début de l’automne. Les sentiers de garrigue et de maquis du littoral en abritent.

Faut-il garder la tique ?

Ce n’est pas obligatoire. Si vous le souhaitez, conservez-la dans une boîte hermétique pour une analyse ou pour la signaler au programme CiTIQUE.

Ajoutez dès aujourd’hui un tire-tique à votre trousse, rangez-le avec un antiseptique, et notez sur votre téléphone la méthode en six gestes. Après chaque balade, prenez deux minutes pour vous inspecter, enfants compris. Si une morsure survient, datez-la sur votre agenda et vérifiez la peau chaque semaine pendant un mois.

Source

Agence régionale de santé Auvergne-Rhône-Alpes : tique, risques et comment se protéger contre les morsures.

Nadège Trouillas

Pharmacienne d'officine sur le golfe de Saint-Tropez, elle tient ce magazine de santé grand public. La rédaction