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Nadège Trouillas Nadège TrouillasPharmacienne d'officine
Baignade et eau de mer

Trousse de secours du bateau : la liste utile

Nadège Trouillas · 19 septembre 2026 6 min de lecture
L’essentiel

La réglementation impose du matériel de sécurité, pas une liste de médicaments : la trousse de secours n’est exigée qu’au-delà de 6 milles d’un abri, et son contenu reste à l’appréciation du chef de bord. Sur un bateau de jour en Méditerranée, six situations reviennent : coupure, désinfection, œil, piqûre marine, choc, soleil. Le reste encombre la caisse et périme au soleil.

Une trousse de bateau ne ressemble pas à celle de la maison. Le sel, l’humidité et la chaleur du coffre détruisent en un été ce qui tient trois ans dans une armoire, et les mains mouillées ne savent pas ouvrir un emballage récalcitrant.

Ce que la réglementation demande vraiment

La division 240 classe l’armement selon la distance à un abri. En navigation basique, à moins de 2 milles, aucune trousse n’est exigée. En côtier, jusqu’à 6 milles, pas davantage. C’est en hauturier, au-delà de 6 milles, que le texte impose une trousse de secours à bord. Pensez aussi aux unidoses de lavage oculaire : voir comment laver un œil après la mer.

Le détail qui surprend : le contenu n’est pas fixé. Aucun arrêté ne dresse la liste des produits. Le chef de bord compose sa trousse selon la zone, la durée et les personnes embarquées, et c’est lui qui répond de son contenu en cas de contrôle.

Autrement dit, la vraie question n’est pas « qu’est-ce qui est obligatoire » mais « qu’est-ce qui sert ». Sur la côte varoise, entre Sainte-Maxime et les Issambres, les mêmes six situations reviennent d’un été à l’autre.

La trousse de bord par usage
Six usages couvrent l’essentiel des incidents d’une sortie à la journée.
Zone de navigation Distance d’un abri Trousse exigée Autre matériel notable
Basique jusqu’à 2 milles non Gilet, moyen de repérage lumineux
Côtier de 2 à 6 milles non 3 feux rouges, compas, VHF pour la plupart des cas
Semi-hauturier de 6 à 60 milles oui Radeau, harnais, cartes, matériel de mouillage
Hauturier au-delà de 60 milles oui Balise de détresse, dispositif de réception météo
Un mille marin vaut 1 852 mètres : la limite des 6 milles se situe à environ 11 kilomètres de la côte.

Couvrez ces six usages, oubliez le reste

Les coupures et les ampoules. Un taquet, une manille, un bout qui file : les mains paient le prix. Des pansements imperméables, deux ou trois compresses stériles et une bande de gaze suffisent. Les pansements ordinaires décollent à la première vague.

La désinfection. Un antiseptique en unidoses plutôt qu’un flacon : entamé, il tourne dans un coffre à 45 degrés. Le sérum physiologique en dosettes sert à la fois au rinçage d’une plaie et au lavage d’un œil.

L’œil. Sel, crème solaire, embrun : l’œil rouge est le motif le plus banal en mer, et on n’a pas d’eau douce sous la main. Une boîte d’unidoses de lavage oculaire règle la question. Si la gêne dure ou revient chaque été, il peut s’agir d’une conjonctivite allergique plutôt que d’une irritation.

Les piqûres marines. Du vinaigre blanc en petit flacon, une pince fine, et de quoi produire de la chaleur. Le vinaigre neutralise les cellules urticantes de la méduse ; la chaleur détruit le venin de la vive, qui se plante dans le pied au moment de descendre sur une plage de sable.

Les chocs. Personne n’a de glaçons à bord. Une poche de froid instantanée, celle qu’on active en la pressant d’une main, descend à 0 degré en quelques secondes et tient une vingtaine de minutes. Vingt minutes sur une bosse ou une cheville tordue, jamais à même la peau, avec un linge entre les deux.

Le soleil et le mal de mer. Un tube de SPF 50, un stick à lèvres et des comprimés contre le mal de mer. Ces derniers se prennent avant d’appareiller : une fois les premiers signes installés, ils n’agissent plus.

Contenu d’une trousse de premiers secours
Unidoses plutôt que flacons : un antiseptique entamé ne tient pas un été dans un coffre.

Froid ou chaud : ne les inversez pas

C’est l’erreur la plus fréquente à bord, et elle a des conséquences opposées selon le cas. La règle tient en une phrase. Sur un choc, une entorse, une bosse, le froid limite le gonflement et calme la douleur dans les quarante-huit heures. Sur une contracture ou un dos raide après une journée de barre, c’est la chaleur qui détend le muscle.

La piqûre de vive échappe à cette règle et mérite d’être répétée : son venin est thermolabile, il se détruit vers 45 degrés. Mettre de la glace dessus, réflexe naturel, prolonge la douleur au lieu de l’abréger.

Un gel froid en tube rend le même service qu’une poche pour les tensions musculaires, avec l’avantage de ne pas occuper de place. Il ne remplace pas le froid réel sur un traumatisme récent : l’effet est surtout une sensation de fraîcheur, utile mais superficielle.

Contrôlez-la au printemps et à la rentrée

L’entretien d’une trousse de bord tient en deux rendez-vous, au printemps et à la rentrée, et en cinq points de contrôle. Comptez une quinzaine de minutes à chaque fois, et un budget de 15 à 25 euros par saison pour les consommables à remplacer.

  • Une boîte étanche, pas une pochette souple : le sel finit toujours par entrer. Un modèle transparent évite de tout vider pour trouver une compresse.
  • Au frais et à l’ombre, jamais dans le coffre de pont exposé plein sud : au-delà de 40 degrés, les principes actifs se dégradent.
  • Les dates au printemps et à la rentrée : les unidoses et les antiseptiques sont les premiers à sortir des clous.
  • Une liste plastifiée dans le couvercle, avec les numéros du CROSS (196 depuis un portable, canal 16 à la VHF) et le numéro du médecin traitant de chacun.
  • Ce qui manque le plus souvent : une paire de gants, une couverture de survie et une lampe frontale. Trois objets plats, qui ne coûtent rien.

Et pour ce qui arrive après la baignade plutôt qu’à bord, notre fiche sur l’eau bloquée dans l’oreille complète cette liste.

Vous nous demandez souvent

La trousse de secours est-elle obligatoire sur un bateau ?

Seulement en navigation hauturière, au-delà de 6 milles d’un abri. En basique et en côtier, elle n’est pas exigée par la division 240, ce qui ne veut pas dire qu’elle soit inutile.

Quel contenu exact impose la réglementation ?

Aucun. Le texte parle d’une trousse de secours sans en fixer la composition : c’est le chef de bord qui l’adapte à la zone, à la durée et aux personnes embarquées.

Peut-on emporter des médicaments à bord ?

Oui, les mêmes que dans une trousse de voyage, en gardant les notices et en les protégeant de la chaleur. Pour les traitements personnels, prévoyez toujours une dose de plus que la durée prévue.

Que faire d’une piqûre de méduse en mer ?

Rincer à l’eau de mer, jamais à l’eau douce, retirer les filaments avec une pince ou le dos d’une carte, puis appliquer du vinaigre. Notre fiche détaille les gestes et les erreurs à éviter.

Combien de temps garde-t-on une trousse de bateau ?

Les consommables se remplacent chaque saison, la boîte dure des années. Un contrôle au printemps et un à la rentrée suffisent si la trousse reste au frais.

Composez-la une fois, rangez-la au sec, contrôlez-la deux fois l’an : c’est tout ce qu’elle demande. Les règles d’armement par zone de navigation sont publiées par le ministère chargé de la Mer.

Nadège Trouillas

Pharmacienne d'officine sur le golfe de Saint-Tropez, elle tient ce magazine de santé grand public. La rédaction