C’est l’un des produits que les vacanciers demandent le plus au comptoir en été, souvent pour de mauvaises raisons. Distinguer les situations prend deux minutes et change la conduite à tenir.
Dans quels cas est-il utile ?
Le tableau typique est celui d’une conjonctivite bactérienne simple : un œil d’abord, rouge, avec des sécrétions épaisses qui collent les cils au réveil, sans douleur profonde ni baisse de vision. L’autre œil suit parfois à deux ou trois jours.
Dans ce cas, un lavage soigneux au sérum physiologique suivi d’un antiseptique local, deux à quatre fois par jour pendant cinq à sept jours, suffit le plus souvent. L’amélioration doit être nette en quarante-huit heures.

Quand il ne sert à rien
- Œil irrité par le sel, le sable ou le chlore : c’est une agression mécanique et chimique. Le lavage abondant est le traitement, l’antiseptique n’apporte rien.
- Conjonctivite allergique : démangeaison intense, deux yeux atteints, larmoiement clair. L’antiseptique n’agit pas sur le mécanisme.
- Conjonctivite virale : sécrétions claires, contexte de rhume, très contagieuse. Elle guérit seule en une à deux semaines.
- Œil sec : sensation de sable permanente, sans rougeur franche ni sécrétion. Les larmes artificielles sont indiquées, pas un antiseptique.
Les signes d’une conjonctivite allergique et la conduite à tenir sont détaillés dans notre article sur la conjonctivite allergique.
Les signes qui imposent un avis médical
| Signe | Ce qu’il fait craindre | Délai |
|---|---|---|
| Douleur profonde, pas une simple gêne | Atteinte cornéenne ou uvéite | Le jour même |
| Baisse de la vision | Atteinte au-delà de la conjonctive | Le jour même |
| Photophobie marquée | Cornée ou iris | Le jour même |
| Port de lentilles | Risque d’abcès de cornée | Le jour même, lentilles retirées |
| Aucune amélioration à 48 h | Diagnostic à revoir | Sous 24 h |
| Projection de produit chimique | Brûlure | Rinçage immédiat 15 min, puis urgences |
Comment l’instiller correctement ?
Mains lavées, tête en arrière, paupière inférieure tirée vers le bas : la goutte tombe dans le cul-de-sac, pas sur la cornée. L’embout ne touche ni les cils ni l’œil, sous peine de contaminer le flacon.
Une seule goutte suffit, la conjonctive n’en retient pas davantage. Fermez l’œil une minute sans cligner, en appuyant doucement à l’angle interne : le produit reste sur place au lieu de partir dans le nez.
Entre deux collyres différents, attendez cinq minutes. Et si un lavage est nécessaire avant, il se fait avec des unidoses de sérum ou de solution de lavage, de l’angle externe vers l’angle interne.
Conservation : la règle des quinze jours
Un flacon multidose se conserve quinze jours après ouverture, parfois moins selon la notice. Au-delà, le risque de contamination du flacon dépasse le bénéfice attendu. Les unidoses, elles, se jettent après chaque emploi, même à moitié pleines.
Un collyre ne se partage jamais, même dans une famille : c’est le moyen le plus sûr de transmettre une conjonctivite d’un œil à l’autre et d’une personne à l’autre. Et un flacon ouvert l’été dernier se jette sans hésiter.
Vous nous demandez souvent
Peut-on utiliser du sérum physiologique à la place ?
Pour laver, oui, et c’est même la première chose à faire. Mais le sérum ne traite pas une infection bactérienne : il nettoie, il ne désinfecte pas.
Combien de temps faut-il continuer ?
Cinq à sept jours selon la notice, sans arrêter dès la disparition des symptômes. Si rien ne bouge à quarante-huit heures, il faut consulter plutôt que prolonger.
Et si les deux yeux sont atteints ?
Les deux se traitent, avec le même flacon mais en commençant par l’œil le moins atteint, et en évitant tout contact de l’embout.
Peut-on porter ses lentilles pendant le traitement ?
Non. Les lentilles se retirent dès l’apparition des symptômes et ne se remettent qu’après guérison complète, avec un étui et une solution neufs.
Les informations officielles sur les médicaments, leurs notices et leurs conditions de délivrance sont publiées par l’Agence nationale de sécurité du médicament.
Pharmacienne d'officine sur le golfe de Saint-Tropez, elle tient ce magazine de santé grand public. La rédaction