La qualité des eaux de baignade se mesure en France par deux bactéries d’origine fécale, Escherichia coli et les entérocoques intestinaux, comptées par 100 ml d’eau. Elles servent à classer chaque site en quatre catégories : excellente, bonne, suffisante ou insuffisante. Le classement se calcule sur quatre saisons, pas sur un seul prélèvement. Voici comment le lire, où le trouver et que faire s’il est mauvais.
Quatre classes, deux bactéries mesurées
Une eau de baignade n’est pas jugée sur sa couleur ni sur sa transparence. Une eau claire peut contenir des bactéries, une eau trouble peut être saine. Deux germes servent d’indicateurs de contamination par des rejets d’eaux usées ou du ruissellement : Escherichia coli et les entérocoques intestinaux. Ils ne sont pas dangereux en eux-mêmes en petite quantité, mais leur présence signale d’autres micro-organismes qui peuvent provoquer des gastro-entérites, des otites ou des infections cutanées.
Le résultat est exprimé en unités formant colonie (UFC) ou en nombre le plus probable (NPP) par 100 ml. Plus le chiffre est bas, meilleure est l’eau.

Comment la qualité d’une baignade est contrôlée
Le contrôle sanitaire est confié à l’agence régionale de santé (ARS). Elle prélève chaque saison au moins quatre échantillons par site, dont un avant l’ouverture, avec au plus un mois d’écart entre deux prélèvements. Les analyses sont faites par un laboratoire agréé, puis les résultats sont publiés sur le portail du ministère.
Chaque baignade fait aussi l’objet d’un profil de baignade, un document que la commune tient à jour : il recense les sources possibles de pollution (stations d’épuration, rivières, ruissellement, bateaux) et les mesures prévues pour les gérer. Le classement officiel du site se calcule à partir des données des quatre dernières années, ce qui lisse un mauvais résultat isolé.
Les seuils, en mer et en eau douce
Les seuils sont fixés par la directive européenne 2006/7/CE, reprise dans le code de la santé publique. Ils sont plus stricts en mer qu’en eau douce.
| Eau de mer | E. coli | Entérocoques | Percentile |
|---|---|---|---|
| Excellente | 250 | 100 | 95 |
| Bonne | 500 | 200 | 95 |
| Suffisante | 500 | 185 | 90 |
| Insuffisante | au-dessus | au-dessus | – |
| Eau douce | E. coli | Entérocoques | Percentile |
|---|---|---|---|
| Excellente | 500 | 200 | 95 |
| Bonne | 1 000 | 400 | 95 |
| Suffisante | 900 | 330 | 90 |
| Insuffisante | au-dessus | au-dessus | – |
Le percentile 95 signifie que 95 % des prélèvements des quatre dernières années sont sous la valeur indiquée. Les 5 % restants peuvent la dépasser : une mauvaise journée ne suffit pas à déclasser un site, mais elle peut justifier une interdiction temporaire.

Où consulter les résultats de sa plage
Trois sources donnent l’information, de la plus officielle à la plus locale.
- Le portail du ministère de la Santé : les résultats de tous les sites déclarés, avec le classement, la date du dernier prélèvement et une carte par commune.
- Le panneau à l’entrée de la plage : la commune y affiche le classement, un résumé du profil de baignade et les éventuelles interdictions.
- La mairie : par téléphone ou sur son site, surtout pour savoir si une interdiction temporaire est en cours.
Cherchez la date du dernier prélèvement avant le résultat lui-même : un chiffre vieux de trois semaines ne dit rien de l’état de l’eau aujourd’hui.
Baignade déconseillée ou interdite : que faire ?
Une baignade déclassée en « insuffisante » est déconseillée, et la commune doit mettre en place des mesures de correction. Une interdiction temporaire, décidée après un résultat très mauvais ou un incident (rejet, cyanobactéries, pollution accidentelle), est en revanche obligatoire : un panneau le signale à l’entrée du site.
En cas de doute, choisissez une autre plage ou une zone surveillée voisine. Les signes visibles à ne pas ignorer sont une eau verdâtre ou laiteuse, une écume épaisse, une odeur forte, ou des algues en grande quantité. Ne laissez pas les jeunes enfants avaler l’eau, et douchez-vous après la baignade.
Ce que risque la peau, l’oreille et l’œil
Une eau dégradée touche d’abord les zones en contact : la peau, l’oreille et l’œil. Trois pages détaillent les gestes à connaître.
- Oreille : un conduit humide après la baignade favorise l’otite externe, détaillée dans l’article sur l’otite du baigneur, et celui sur l’eau dans l’oreille.
- Peau : des petits boutons après une baignade en eau douce évoquent la dermatite du baigneur.
- Œil : rougeur et picotements après la mer ou la piscine sont traités dans l’article sur la conjonctivite.
Si l’enfant tousse, respire vite ou vomit après avoir avalé de l’eau, lisez la page sur la noyade sèche : ces signes demandent un avis médical, quelle que soit la qualité de l’eau.
Après un orage : attendre avant de se baigner
Après de fortes pluies, le ruissellement et les débordements de réseaux d’eaux usées envoient des bactéries vers la mer et les rivières. Les autorités recommandent d’attendre 24 à 48 heures avant de se baigner après un orage, surtout près des embouchures de rivière et en bas des villes. La qualité revient à la normale en général en deux jours, plus longtemps dans les zones fermées comme les criques.
Questions fréquentes
Comment savoir si l’eau est bonne pour la baignade ?
Consultez le classement et la date du dernier prélèvement sur le portail du ministère de la Santé ou sur le panneau de la plage. Les catégories sont excellente, bonne, suffisante et insuffisante.
Quelles bactéries mesure-t-on dans l’eau de baignade ?
Deux germes : Escherichia coli et les entérocoques intestinaux. Ils indiquent une contamination fécale d’origine humaine ou animale, comptée en UFC ou NPP pour 100 ml.
À quelle fréquence l’eau est-elle contrôlée ?
L’ARS prélève au moins quatre fois par saison, dont une fois avant l’ouverture, avec au plus un mois d’écart entre deux prélèvements. Les résultats sont ensuite publiés en ligne.
Peut-on se baigner dans une eau classée suffisante ?
Oui. La classe suffisante est le minimum de conformité européen. Elle impose toutefois à la commune un plan d’amélioration et une information renforcée du public.
Combien de temps attendre après un orage ?
De 24 à 48 heures, davantage près d’une embouchure ou d’un rejet. Le ruissellement charge l’eau en bactéries, et elle redevient en général conforme en deux jours.
Une eau claire est-elle forcément saine ?
Non. La transparence ne renseigne pas sur les bactéries. Seules les analyses de l’ARS, publiées avec leur date, permettent de juger la qualité sanitaire d’un site.
Avant votre prochaine baignade, ouvrez la page du site sur le portail du ministère, notez la date du dernier prélèvement et le classement, puis regardez le panneau de la plage à votre arrivée. Un trajet de dix minutes pour atteindre une plage mieux classée vaut mieux qu’une otite à soigner la semaine suivante.
Ministère chargé de la Santé, portail des eaux de baignade : classement et résultats par site. Directive 2006/7/CE du 15 février 2006 concernant la gestion de la qualité des eaux de baignade.
Pharmacienne d'officine sur le golfe de Saint-Tropez, elle tient ce magazine de santé grand public. La rédaction