Devant le rayon solaire, la question revient chaque été : faut-il prendre le plus fort ? La réponse tient moins au chiffre imprimé sur le flacon qu’à la façon dont on s’en sert.
Ce que mesure vraiment l’indice
Le facteur de protection solaire indique combien de fois la dose d’UVB nécessaire pour rougir est multipliée. Avec un SPF 30, il faut trente fois plus d’UVB pour obtenir le même coup de soleil que sans protection.
Traduit en pourcentage, la courbe s’aplatit vite : un SPF 15 arrête 93 % des UVB, un SPF 30 en arrête 96,7 %, un SPF 50 en arrête 98 %. Doubler l’indice ne double donc rien du tout.
Cette mesure se fait en laboratoire avec 2 milligrammes de produit par centimètre carré de peau, soit environ six cuillères à café pour un adulte en maillot. Personne n’en met autant.

La quantité compte plus que l’indice
Les relevés convergent : en usage réel, on applique entre un quart et la moitié de la dose de référence. Or la protection ne baisse pas proportionnellement, elle chute plus vite.
Concrètement, un SPF 50 appliqué en couche fine délivre une protection de l’ordre d’un SPF 15 à 20. C’est le décalage le plus coûteux de l’été, et il explique la plupart des coups de soleil attrapés « alors qu’on avait mis de la crème ».
La règle pratique tient en deux repères : une cuillère à café pour le visage et le cou, l’équivalent d’une balle de golf pour le corps entier. Et une seconde couche vingt minutes après la première, qui rattrape l’essentiel des oublis.
Alors, 30 ou 50 ?
| Situation | Indice conseillé | Pourquoi |
|---|---|---|
| Journée ordinaire, peau mate | SPF 30 | Suffisant s’il est appliqué en quantité |
| Peau claire, enfant | SPF 50+ | Capital solaire plus fragile |
| Plage en plein été, bateau | SPF 50+ | Réverbération sur l’eau et le sable |
| Montagne, neige | SPF 50+ | UV plus intenses en altitude, réverbération |
| Antécédent de cancer cutané | SPF 50+ | Sur avis médical, protection maximale |
| Traitement photosensibilisant | SPF 50+ | Certains médicaments abaissent le seuil |
Un indice faible, SPF 6 ou 10, n’a plus guère de justification. Il laisse passer un sixième des UVB et entretient l’illusion d’être protégé, ce qui rallonge le temps d’exposition.

Renouvelez toutes les deux heures
- Après chaque baignade, même avec une formule résistante à l’eau : le terme signifie que la protection tient après deux bains de vingt minutes, pas qu’elle est indélébile.
- Après s’être essuyé : la serviette retire une grande partie du film.
- Toutes les deux heures en exposition continue, transpiration comprise.
- Sans oublier les zones ratées : dessus des pieds, oreilles, nuque, lèvres, cuir chevelu dégarni.
- En vérifiant la date : ouvert, un flacon se garde une saison, douze mois au plus.
Un dernier repère utile : aucune crème ne rend une exposition inoffensive. Entre 12 h et 16 h, l’ombre, le tee-shirt et le chapeau font plus que n’importe quel indice. Et si la peau a déjà rougi, la conduite à tenir est dans notre fiche sur le coup de soleil.
Minéral ou synthèse : lequel choisir ?
Deux familles cohabitent sur les étagères. Les filtres minéraux, oxyde de zinc et dioxyde de titane, réfléchissent le rayonnement et agissent dès l’application. Ils laissent parfois un voile blanc, tiennent bien et conviennent aux peaux réactives comme à celles des jeunes enfants.
Les filtres de synthèse absorbent le rayonnement et le dissipent en chaleur. Leur texture est plus fluide, plus agréable sous un maquillage, et ils couvrent souvent mieux le spectre UVA. Ils demandent une vingtaine de minutes avant d’être pleinement actifs, d’où le conseil d’appliquer avant de partir et non sur le sable.
Le logo UVA entouré d’un cercle, obligatoire en Europe, garantit une protection UVA au moins égale au tiers de l’indice affiché. C’est le seul repère à vérifier au dos du flacon : ce sont les UVA qui marquent la peau sur le long terme, sans prévenir par une rougeur.
N’oubliez ni les pieds ni les oreilles
Le dessus des pieds, les oreilles, la nuque et l’arrière des genoux concentrent une bonne part des brûlures de l’été. Le cuir chevelu dégarni et la raie des cheveux aussi, pour lesquels un spray ou une simple casquette règlent la question.
Les lèvres n’ont pas de mélanine protectrice : un stick indice 50 s’impose, renouvelé après chaque boisson. Quant au contour des yeux, il supporte mal les formules grasses ; une paire de lunettes marquées CE 3 ou 4 fait mieux le travail qu’une couche de crème.
Enfin, un nuage ne filtre qu’un cinquième des UV et l’eau en laisse passer la moitié à cinquante centimètres de profondeur. Sur la plage varoise, la vigilance vaut aussi pour ce qui se cache dans l’eau : nos fiches sur la piqûre de méduse et sur la piqûre de vive complètent la trousse de l’été.
Vous nous demandez souvent
Quelle différence entre SPF 30 et SPF 50 ?
Le 30 arrête 96,7 % des UVB, le 50 en arrête 98 %. L’écart est faible sur le papier ; il devient significatif quand on applique peu de produit, ce qui est le cas général.
La crème solaire empêche-t-elle de bronzer ?
Non, elle ralentit le processus sans le bloquer. Le bronzage obtenu sous protection est plus progressif et tient mieux, parce que la peau n’a pas été brûlée.
Combien faut-il en mettre ?
Une cuillère à café pour le visage et le cou, l’équivalent d’une balle de golf pour le corps. C’est deux à trois fois plus que ce qu’on applique spontanément.
Une crème de l’an dernier est-elle encore bonne ?
Un flacon ouvert se garde une saison, douze mois au maximum, et mal si on l’a laissé en plein soleil. Les filtres se dégradent et la texture change.
« Résistant à l’eau » veut dire quoi ?
Que la protection subsiste après deux bains de vingt minutes lors du test. Il faut renouveler après chaque baignade, et surtout après s’être essuyé.
Prenez le 50 si vous avez la peau claire, si vous êtes sur l’eau ou avec des enfants ; sinon un 30 bien appliqué suffit. Les recommandations officielles de photoprotection sont publiées par Santé publique France.
Pharmacienne d'officine sur le golfe de Saint-Tropez, elle tient ce magazine de santé grand public. La rédaction