Eau dans l’oreille : cinq gestes, aucun coton-tige
C’est la sensation de fin d’été par excellence : on sort de l’eau, on entend comme à travers du coton, et le réflexe est d’attraper un coton-tige. C’est précisément ce geste qui transforme une gêne de quelques minutes en consultation.
Pourquoi l’eau reste-t-elle bloquée ?
Le conduit auditif externe n’est pas un tube droit. Il décrit une courbe en S sur environ 25 millimètres chez l’adulte, et se rétrécit vers le tympan. Une goutte d’eau peut donc se loger dans cette courbure et y rester par simple tension superficielle.
Le cérumen joue un rôle ambigu. Normalement hydrophobe, il repousse l’eau ; mais s’il forme un bouchon, il l’absorbe, gonfle, et bloque complètement le conduit. Beaucoup de sensations d’oreille bouchée après la baignade sont en fait un bouchon préexistant révélé par l’eau.
Certaines anatomies y sont plus sujettes : conduits étroits, exostoses des nageurs réguliers en eau froide, ou antécédents de chirurgie. Chez l’enfant, le conduit est plus court et plus horizontal, ce qui facilite l’entrée de l’eau autant que sa sortie.

Évacuez l’eau en cinq gestes simples
Le premier est le plus simple : pencher la tête du côté atteint, oreille vers le sol, et attendre dix secondes. En tirant doucement le pavillon vers le haut et l’arrière, on redresse la courbure du conduit, et l’eau descend souvent d’elle-même.
Si cela ne suffit pas, quelques sauts sur un pied du côté concerné, bouche ouverte, ajoutent l’effet du mouvement. Ouvrir la bouche compte : cela mobilise l’articulation de la mâchoire, qui borde le conduit et en modifie légèrement la forme.
Le séchage se fait ensuite à l’air, en tamponnant le pavillon avec une serviette propre. Un sèche-cheveux à trente centimètres, en air froid ou tiède, accélère les choses sans risque, à condition de ne jamais le régler sur chaud.
N’introduisez jamais ces six objets
| Objet ou produit | Ce qu’il provoque | À faire à la place |
|---|---|---|
| Coton-tige | Tasse le cérumen, érode la peau | Gravité et mouvement |
| Mouchoir enroulé | Laisse des fibres, irrite | Tamponner le pavillon seulement |
| Alcool à 70° | Brûle une peau déjà fragilisée | Séchage à l’air |
| Eau oxygénée | Macère et gonfle le bouchon | Avis pharmacien si bouchon |
| Épingle, clé, ongle | Risque de perforation du tympan | Rien dans le conduit |
| Bougie auriculaire | Aucune efficacité, risque de brûlure | Consultation si gêne persistante |
Les gouttes asséchantes vendues en pharmacie, à base d’alcool isopropylique et de glycérine, ont leur place en prévention chez les nageurs réguliers. Elles sont en revanche contre-indiquées sur un tympan perforé ou après une chirurgie de l’oreille, d’où l’intérêt de demander conseil plutôt que de les prendre au rayon.

Comment reconnaître une otite du baigneur ?
L’humidité prolongée modifie le pH du conduit et permet à des bactéries, souvent Pseudomonas aeruginosa, de coloniser une peau déjà irritée. C’est l’otite externe, dite otite du baigneur, fréquente en fin d’été sur le littoral.
Elle se reconnaît à un signe simple : la douleur augmente nettement quand on tire sur le pavillon ou qu’on appuie devant le conduit. S’y ajoutent souvent un écoulement, une sensation d’oreille pleine et une baisse d’audition.
Le traitement relève du médecin, par gouttes antibiotiques locales le plus souvent. Il n’y a pas d’automédication pertinente ici, et l’évolution sans traitement peut être longue et douloureuse. Les repères de prévention en milieu aquatique sont rappelés par Santé publique France.
Protégez-vous si vous nagez tous les jours
- Sécher systématiquement après chaque baignade, en penchant la tête de chaque côté, même sans sensation d’eau bloquée.
- Éviter les cotons-tiges toute l’année : le cérumen protège, et un conduit trop propre est un conduit fragilisé.
- Les bouchons sur mesure, chez un audioprothésiste, sont la seule protection réellement efficace pour un nageur quotidien.
- Attendre 24 heures avant de replonger si l’oreille est déjà irritée : c’est le délai qui évite la plupart des otites.
- Ne pas plonger la tête dans une eau dont la qualité est douteuse, notamment après de fortes pluies sur le littoral.
Ces réflexes valent aussi pour la mer que pour la piscine, comme le reste de nos repères baignade et eau de mer. En eau de mer, le sel assèche un peu et limite le risque, mais le sable qui entre avec l’eau irrite davantage le conduit, au même titre qu’une piqûre de vive gâche une fin d’après-midi. Comme pour un coup de soleil, la prévention pèse plus que le soin.
Ce que les baigneurs demandent le plus
Combien de temps l’eau peut-elle rester ?
Quelques minutes à quelques heures dans la majorité des cas, le temps que la gravité et l’évaporation fassent leur travail. Au-delà de 48 heures de gêne, il s’agit probablement d’un bouchon de cérumen ou d’une inflammation, et non d’eau piégée.
Le sèche-cheveux est-il vraiment sans danger ?
Oui, en air froid ou tiède, à trente centimètres au moins, et par passages courts. Réglé sur chaud et approché du pavillon, il peut brûler la peau très fine du conduit, qui ne prévient qu’une fois la lésion faite.
Faut-il des bouchons pour un enfant ?
Pas systématiquement. Ils s’imposent en cas de tympan perforé, d’aérateurs transtympaniques ou d’otites à répétition, et c’est alors le médecin qui les prescrit. Pour une baignade occasionnelle, un bon séchage suffit.
Une oreille bouchée qui persiste, est-ce grave ?
Rarement, mais elle mérite un examen. Un bouchon de cérumen se retire en quelques minutes chez un professionnel, alors que les tentatives domestiques l’aggravent presque toujours.
Peut-on nager avec une otite externe ?
Non, tant que le traitement n’est pas terminé. L’eau entretient l’humidité qui a causé l’infection, et la guérison s’en trouve retardée de plusieurs jours à chaque baignade.
De l’eau dans l’oreille n’est donc presque jamais un problème en soi. Elle le devient uniquement quand on essaie de l’en sortir avec un objet, ce qui reste, chaque été, la première cause de consultation ORL sur le littoral.
Pharmacienne d'officine sur le golfe de Saint-Tropez, elle tient ce magazine de santé grand public.